Mapping, la mémoire et la culture de la Shoah

Mapping, la mémoire et la culture de la Shoah

by Sloane Nilsen

Abstract:

This essay follows an anthropological observation made at the Holocaust Memorial in Paris, October 2016. Using the technique of mapping, what Paul Kutsche has deemed “the relationship between the sociocultural behavior one observes and the physical environment,” (Kawulich 2005), I examine how visitors to the memorial interact with the site, and more specifically, how memory constructs social behaviors within certain spaces at the memorial. Particular attention is paid to 1) the courtyard, which contains a rusted, cylindrical installation designed to evoke the chimney of a gas chamber, and five cast iron works that depict the persecution of Jews 2) the Wall of Names, inscribed with the names of 76,000 Jews who died under the Vichy regime, and 3) the Memorial of the Unknown Jewish Martyr, a granite tomb located in the crypt of the memorial, marked by a large Star of David with a flame at its center. These observations are complemented by the thoughts of visitors who left comments in a book near the memorial’s exit. Parallel social behaviors within these spaces of memory, in which a visitor must decide how to interact with the memory of genocide, in which a visitor determines their role in shaping the legacy of the Holocaust, allude to and and then affirm a comprehensive, transnational culture of commemoration governed by a respect and concern for the preservation of memory in the new millenium.

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Mapping, la mémoire et la culture de la Shoah

Une observation anthropologique

Ouvert au public en 2005 après une extension considérable autour du Mémorial du Martyr Juif Inconnu, le nouveau Mémorial de la Shoah reste indubitablement un pilier inébranlable de l’histoire, l’impact et la mémoire de l’Holocauste à Paris. Situé près du quartier juif dans le Marais, une région de la ville juste au nord de la Cathédrale Notre-Dame et l’Île Saint-Louis, le Mémorial continue à se définir comme un site d’éducation et de commémoration pour animer, honorer et valoriser la mémoire des victimes et des survivants du génocide et leur héritage.

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Le nom d’une rue à coté du mémorial dans le Marais

Ce site de la mémoire est un labyrinthe de la souffrance et de la culpabilité. Les visiteurs au mémorial commencent leurs interactions avec la mémoire des juifs persécutés en entrant dans une cour de calcaire dans laquelle se tient un cylindre surélevé, rouillé avec une pellicule verte et les noms des camps d’extermination, taillés dans le métal. Des œuvres en fonte sont accrochées au mur dans l’arrière-plan, qui montrent des scènes de massacres—des juifs devant un charnier, un juif debout devant un mur de la mort, une ligne de juifs dans une forêt. D’ici, les visiteurs se promènent entre les colonnes des murs sur lesquels sont affichés les noms de 76.000 victimes mortes sous le régime de Vichy. À l’intérieur, on peut visiter trois expositions, deux temporaires sur les femmes juives de la résistance française et la vie des juifs après la Shoah, l’autre permanente, intitulée « L’histoire des juifs en France pendant la Seconde Guerre ». Dans la crypte du bâtiment se trouve le Mémorial du Martyr Juif Inconnu, un aspect du Mémorial de la Shoah qui attire l’attention des visiteurs. Pour le moment, cependant, comment est-ce que les visiteurs du mémorial interagissent avec la mémoire du génocide, et comment est-ce que les espaces qui représentent l’atrocité et le traumatisme forment la mémoire et les comportements sociaux dans ces espaces ?

Cette rédaction vient d’un créneau d’observation anthropologique que j’avais quand mon cours du cinéma français a voyagé à Paris pour exposer les différences entre la représentation de la ville par des réalisateurs idéalistes ou nostalgiques (Woody Allen, Disney, Jean-Pierre Jeunet, Martin Scorsese) et celle d ‘une ville diverse et multiculturelle que Paris est devenu après la deuxième guerre mondiale. Au Mémorial de la Shoah, j’ai concentré ma recherche sur la technique « mapping » dans laquelle on décrit « the relationship between the sociocultural behavior one observes and the physical environment » qui compte typiquement sur la vision pour découvrir des motifs dans les comportements sociaux (Kutsche 1998) ; en outre, l’analyse suivante envisage des commentaires écrits dans un livre d’or aussi. Je l’ai trouvé à la fin de ma visite, cet artéfact indispensable a révélé les pensées et les impressions des visiteurs pendant leur séjour qui montrent le raisonnement pour leur comportement. Par conséquent, l’essai examine la fonction de la mémoire dans la formation des agissements des visiteurs dans un mémorial. L’essai examine les restrictions que la mémoire impose dans un environnement physique, et comment la mémoire peut traverser les frontières culturelles et redéfinir l’héritage de l’Holocauste comme un phénomène mondial. En me fondant sur mon observation au mémorial, je soutiens que la mémoire de l’Holocauste a installé une culture multinationale de la commémoration qui détermine les comportements sociaux et la compréhension du génocide dans ce site.

 

http://www.ousebalader.com/lieu.php?id=38

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Au Mémorial de la Shoah, la mémoire gouverne comment un visiteur se fraie un chemin à travers l’espace que les installations et les expositions construisent. Après avoir fait la queue avant de passer le contrôle de sécurité et d’accéder au mémorial, le visiteur entre dans la cour. Une conférencière du mémorial donne un cours sur les constructions spatiales de l’Holocauste. Les visiteurs sont en majorité des adultes, la conférencière ne sourit pas. Son visage est songeur lorsqu’elle fait le tour du cylindre, qui fait penser à une cheminée d’une chambre à gaz. Elle croise les bras. Elle marche lentement. Ces comportements reflètent les actions et les expressions des visiteurs qui se tiennent debout entre les murs avec les noms des victimes. Maintenant à l’intérieur, je regarde deux groupes d’un lycée qui sont entrés dans le mémorial. Quand les guides parlent, chaque visage que je peux interpréter reste sérieux, avec une expression grave. Les guides reçoivent l’attention des étudiants, avec un contact visuel direct. Le mémorial, dans ce cas, contient et administre un code social pour légitimer et forcer le respect à la mémoire de la Shoah. Il définit l’espace comme un site puissant mais délicat. Dans la crypte, je me place à coté d’un modèle du ghetto de Varsovie pendant que deux femmes d’âge mûr restent en haut des marches qui mènent à une étoile colossale de David dans le milieu de la chambre de granit. Une flamme au centre de l’étoile marque la tombe du martyr juif inconnu. Elles ne parlent pas. Une femme est appuyée contre un pilier de granit. Aucune ne descend les marches vers l’étoile, exactement comme les autres visiteurs de la crypte, comme s’il y avait une limite sacrée entre le palier et la chambre qu’elles n’ont pas l’autorité ou le droit de franchir. Ainsi, la mémoire de l’Holocauste construit un espace dans lequel il existe un code qui impose des comportements marqués de respect, face aux témoignages du massacre systématique.

Ce code est visible à travers les commentaires des visiteurs dans le livre d’or à la fin des expositions. Le parallélisme entre les témoignages de visiteurs de cultures diverses indique que la notion de la culpabilité collective ou une responsabilité à se souvenir des victimes et des survivants de la Shoah, et leurs familles, est devenue une interprétation globale pour le sens du génocide dans le présent. Les langues utilisées dans le livre (avec les inscriptions seulement pour les mois de septembre et octobre) comprennent le français, l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, l’hébreu, le chinois—même le gaélique. Plus important, le français et l’anglais sont utilisés équitablement comme une lingua franca, même si un visiteur est d’une autre partie du monde. Le livre est rempli d’expressions comme « N’oubliez pas », « We will never forget » et « Wir vergessen nicht. » Des inscriptions se concentrent sur la paix après l’Holocauste. Beaucoup d’étoiles de David couvrent les pages, avec les mots comme « paix », « amour » et « REMEMBER » écrits au centre de l’étoile. Un visiteur a commenté : « Une exposition indispensable pour la mémoire de ceux qui sont morts, et pour nous convaincre qu’il ne faut jamais oublier l’honneur d’un passé qui peut revenir au présent. » Cet intérêt pour l’avenir, pour empêcher la répétition de l’histoire, était le thème plus courant des réflexions. Un visiteur a dit : « This is an epic representation of such sad history ! I fear that in 100 years, more museums will take place telling the story of Armenians and Arabs ! Don’t let history repeat [souligné dans le livre] itself ! » Ces sentiments sont exprimés par les visiteurs du mémorial d’Israël. Finalement, un autre visiteur a relié l’antisémitisme du fascisme avec les politiques contemporaines de l’Europe. « À l’heure dans notre pays et l’Europe sont confrontés…des Populismes c’est à dire du Fascisme, n’oublions pas… résistons au mauvais… que celui ci ne… trop fort. » Ainsi, les inscriptions dans le livre interprètent la Shoah comme une leçon pour éteindre la haine et les préjugés ethniques en politique à travers le monde entier. Dans ces exemples, l’héritage de la Shoah est, en fait, une préoccupation mondiale, la mémoire impose des comportements face à la persécution et au génocide des juifs –dans le musée.

La technique anthropologique de « mapping » au Mémorial de la Shoah de Paris associée aux réflexions trouvées dans le livre d’or confirment l’existence d’une culture de la mémoire de l’Holocauste. Ce phénomène traverse les cultures diverses et unissent le monde sous les notions de respect pour la mémoire des juifs persécutés, une culpabilité collective des personnes passées et présentes et la responsabilité de s’assurer que le génocide et l’augmentation de la haine des minorités soient empêchés dans les générations et les époques à venir. La mémoire des victimes, des survivants et les membres de leurs familles renforcent des comportements sociaux dans les espaces de la mémoire, comme le Mémorial de la Shoah. Elle détermine des codes universels de respect dans ces espaces, et définit les attentes dans ce genre de site de commémoration. Au Mémorial de la Shoah, cette culture du souvenir impose des comportements chez tous les visiteurs.